Emi ou l’art de la nuit des temps

Publié le 28 juillet 2016 Catégorie : Portraits
Crédit Photo : Laurent Jahier

Aujourd’hui, le tatouage est tendance. Mais cette décoration corporelle est une pratique ancestrale qui remonte à la nuit des temps. Tantôt sacré, religieux, magique, ou symbole d’infamie selon les cultures, il est indiscutablement un art.

Les anthropologues ont découvert des petits signes stylisés qui remonteraient à 5300 ans avant JC sur un chasseur néolithique retrouvé dans le glacier de Similaun (dans les Alpes italiennes). Ces traces auraient été des tatouages réalisés à but médical.

De la Polynésie au Japon, en passant par la Nouvelle-Zélande et les Amériques, de l’Egypte à la Chine, cet art a toujours symbolisé une appartenance. Que ce soit à une caste ou à une communauté, ou plus encore une évolution notamment de l’âge d’enfant à celui d’adulte.

Crédit Photo : Laurent Jahier
Crédit Photo : Laurent Jahier

C’est un peu ce qu’est le présent d’une maman à sa fille, quand à 17 ans, Emi reçoit, en cadeau, son premier tatouage. Chacun d’eux est une histoire. SON histoire. Un chemin pictural qui est gravé sur sa peau. C’est un peu comme son pouvoir érotique, comme une allégorie de sa force ou comme un sacre mystique. Embelli pour les uns, enlaidi pour les autres, son corps est juste décoré pour elle. 50 piercings. 12 tatouages. 2 scarifications. 1 Tongue Split (langue fendue). Autant d’actes que les Egyptiens des Pyramides auraient trouvé magiques ou simplement esthétiques. Que les Maoris auraient pensé nobles et révélateurs d’une position sociale élevée. Ils auraient même été faits par un prêtre lors d’une cérémonie où sa famille l’aurait assistée dans l’allégresse. Impossible d’ailleurs de n’être pas tatoué ou pas scarifié car une personne au corps vierge de toute décoration était considérée comme sans courage et indigne de faire partie de la communauté. Et les Indiens d’Amériques auraient jugés, d’une noblesse inouïe, ses scarifications, car signe d’une grande bravoure.

Mais à notre époque, Emi est juste observée comme si elle était une curiosité ou un animal fantastique étrange. Elle ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait des caricatures selon certains des détracteurs de ces arts ancestraux qui jugent trop souvent, et qui, par ignorance, apprécient peu, les connaissances chromatiques et graphiques de ces artistes qui ont fait les écoles des Beaux-Arts pour la plupart.

Crédit Photo : Laurent Jahier
Crédit Photo : Laurent Jahier

Ouverte d’esprit, timide, tolérante, calme, Emi a 26 ans, est infirmière en soins intensifs. Elle aime les gens, comme le prouve son métier. Elle les aime pour eux et pour ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes.

Elle mène d’ailleurs une vie très ordinaire pour une fille si singulière : un amoureux (tatoué lui aussi) qui est chef d’entreprise et collectionne les véhicules anciens. Elle, réalise des tableaux de laine et de clous, dessine, aime aller à la plage avec ses amis, se promène…. Bref c’est une fille, somme toute, comme toutes les autres.

Crédit Photo : Laurent Jahier
Crédit Photo : Laurent Jahier

Devant tant de gentillesse et tant de citoyenneté aussi (car elle vote à chaque élection), je la questionne sur ce qu’elle ressent quand elle reçoit parfois des regards désapprobateurs : « Oh il n’y a rien à répondre à ce type de regard ! Que voulez-vous que je dise ? On ne peut pas plaire à tout le monde ! ». J’en profite alors pour l’interroger sur LA question que les gens qui savent que je vais l’interviewer ne manque pas de poser : « Et à 40 ans ? ». Alors sa réponse est aussi poétique que sage « je suis heureuse, et je vis le présent, donc je ne regretterai pas. Et puis à 40 ans, on n’est pas vieux. On a même le devoir de rêver encore. Et puis tout ça… Comment le regretter, alors que chacun de mes tatouages, de mes piercings, de mes scarifications sont des morceaux de ma vie… »

C’est simple, cette jeune femme aux dreadlocks, mi-serpent, mi-ange, est un de ces petits trésors qui illuminent une journée. Mais, ça, elle n’en a pas encore conscience !

Photos réalisées par Laurent Jahier

4 réflexions sur « Emi ou l’art de la nuit des temps »

  1. je rebondis sur ces quelques lignes car Emy est une fille formidable avec qui j’ai travailler, unique, respectueuse, sensible, à l’écoute.
    Et oui comme tu dis a 40 ans on est pas vieux et on rêve encore….lol
    Je te trouve magnifique.

  2. Bonjour à vous tous et à cette jeune femme qui s’assume.
    Moi ,j’ai 54 ans ,j’ai un faux piercing que je pose avec de la colle spécifique pour la peau humaine,
    Je le mets car c’est ma façon de cacher une blessure ancienne qui est indélébile due à la bêtise et violence d’un homme . Je ne le voit plus jamais…. la médecine ne peut pas réparer les dégâts ,narine abîmée… j’ai donc un faux piercing car un vrai ne ferait que augmenter mes douleurs nerfs trijumeaux…… des fois je croise des jeunes ‘regard sympa, et d’autres fois personne très âgée,regard méchant ou le contraire….
    C’est la seule façon que j’ai pour oublier ce monstre .
    Voilà mon histoire…Emi vous plus humaine que beaucoup d’autres….
    Merci

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A propos de l’auteure
Adélaïde Friboulet Blogueuse et attachée de presse

Fille d’une infirmière et d’un artisan-expert judiciaire, puis chef d’entreprise à mon tour, j’ai décidé de quitter le nid familial pour voler de mes propres ailes. J’ai alors œuvré dans le 1er groupe de presse français pendant 15 années. La filiale dans laquelle je travaillais a fermé ses portes après plus de 40 ans d’existence. D’un malheur est né un rêve. Je me suis alors inscrite dans une célèbre école de journalisme. Et mon diplôme d’attachée de presse en poche… Me voici…

Vous allez découvrir que je suis spontanée, capricieuse, espiègle, malicieuse faut-il croire, rêveuse sûrement, contemplative absolument, timide beaucoup et agaçante semblerait-il, sans aucun doute, pour certains…

Ce sont assurément pour toutes ces raisons, qu’il vaut mieux que j’écrive, c’est encore là que je reste la plus mignonne… Quoique !

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