Le diable s’habille en Gafa de Jacques Séguéla

Publié le 29 novembre 2018 Catégorie : Portraits
@ThomasRaffoux

On connaît tous Jacques Séguéla. Ce publiciste a l’habitude des formules chocs et des coups de gueule impressionnants. Lorsqu’il dit quelque chose, ce n’est jamais par hasard ! Ses propos sont toujours étayés. Et surtout, il a l’avantage de dire ce qu’il pense. Mais sérieusement, si je vous parle de lui, c’est qu’il a remis ça ! Encore un coup de gueule qui va faire du bruit. Cette fois-ci, il dénonce la dictature du data. Jacques Séguéla n’a jamais eu sa langue dans sa poche et c’est pour ça qu’on l’aime.

CouvSon nouvel opus est son 30 ème livre (aux éditions Coups de Gueule) : « Le diable s’habille en Gafa ».

Un pitch inquiétant

Google, Apple, Facebook, Amazon sont quatre superpuissances économiques qui ont de plus en plus de pouvoir. Elles gagnent de plus en plus d’argent grâce à nous, à nos données personnelles et ce, avec notre consentement et notre bénédiction. La prospérité des Gafa se chiffre en milliards de Dollars (2600 milliards de Dollars) et est égale au PIB de la France ! Cela ne dérangerait pas Jacques si elles en profitaient pour que les gens vivent dans de meilleures conditions, pour lutter contre la faim… Mais au fur et à mesure du temps qui passe, elles amassent des richesses colossales qui leurs servent à autre chose…

« Si au moins ils s’engageaient à rendre le monde meilleur. Mais non ! Ils ne font que réfléchir à aller sur Mars ou comment vivre 1000 ans. Mais qui veut vivre 1000 ans sur Mars ? Le progrès est une machine en accélération permanente sur laquelle il n’y a pas de marche arrière. Nul ne peut le refuser, il construit notre avenir mais il nous appartient de décider de sa finalité. C’est le cri d’alarme mais aussi le cri du cœur et le cri d’espoir de mon livre. »

Y-a-t-il des solutions pour ne pas faire partie du système des Gafa ?

@ThomasRaffoux
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Bien sûr qu’il y a des solutions. Dans son livre, Jacques Séguéla nous fait part de celles qu’il propose. Mais il faut être lucide, si nous ne rentrons pas en résistance, cela continuera et s’accentuera sans limite.

Jacques explique que l’Europe a déjà bien assuré avec le RGPD car la protection de nos données personnelles nous permettra de rester indépendants. Les sanctions de l’utilisation/commercialisation de celles-ci devront être exemplaires pour que cela fonctionne bien. Mais au-delà de ça, il conseille de ne pas participer à la collecte de nos infos, même s’il s’interroge sur l’utilité de cette résistance à la longue.

Une autre des solutions, ici en France serait d’utiliser Qwant, le moteur de recherche français qui lui s’est engagé à ne pas commercialiser/utiliser nos données.

C’est normal que les Gafa arrivent à faire ça ?

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Pas tout à fait, mais nous sommes consentants et surtout nous participons de bonne grâce. Nous remplissons de nombreux docs pour pourvoir s’inscrire sur telle ou telle appli, site ou même pour se créer un mail tout simplement. Tout dépend de ce que les entreprises en font.

En France, la haute autorité de la concurrence interdit de détenir plus de 30% d’un marché, les Gafa détiennent 80% de la publicité en ligne. Ça craint !

Pour être plus clair, Jacques Séguéla nous explique que jusqu’à l’arrivée d’Internet, la publicité n’était que de la propagande à laquelle il n’était pas possible de répondre. Ce qui change justement avec la data (réseau informatique), c’est que maintenant la parole du consommateur est aussi importante, voire plus, que celle de l’annonceur.

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Il n’y a plus d’intimité et plus de vie privée… Les Gafa connaissent tout de nous, savent qui nous sommes : ordinaires, chiants, tordus, détraqués, obsédés ou névrosés… Ils connaissent nos passions, nos envies, nos plaisirs, nos peurs… Ils nous connaissent mieux que nous-mêmes… Notre âme ne nous appartient plus…

Est-ce que « 1984 » de Georges Orwell va devenir une réalité, ou est-ce juste une dérive que nous pourrons redresser ? Ce qui est sûr, c’est que nous voilà quasiment de retour à la propagande puisqu’on nous ne sert que des publicités ciblées, qui nous « intéressent », juste en fonction de nos centres d’intérêts et/ou de nos recherches. Est-ce judicieux ? Est-ce de la manipulation ? De la surconsommation ? Comment s’en serviront-ils à l’avenir ?

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Avis que Barak Obama partage avec Jacques Séguéla puisqu’il disait lors de sa dernière venue en France que « Ce qui est terrible avec les Gafa c’est qu’on ne vous envoie que les news qui vous intéressent. Les conservateurs ne reçoivent que des news conservatrices, les démocrates que des news démocrates ».

Le bouquin a été dur à écrire ?

En juillet 2017, lorsque Jacques Séguéla a écrit les premières lignes du livres, il pensait qu’il ferait comme ses anciens bouquins :

« Pour que ce méli-mélo ait de la tenue j’ai beaucoup coupé, beaucoup nourri, beaucoup repris. D’habitude j’écris plutôt mes ouvrages d’un trait avec une dizaine de relecture corrective, celui-ci en a nécessité 30 ! C’est peut-être un porte-bonheur : c’est mon trentième livre. »

Mais alors… On est foutu ?

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Non, pas encore ! Il faut vivre avec notre époque. Et aujourd’hui, nous vivons à l’air du numérique. Plus rien n’est possible sans le digital. Il nous apporte tout de même plus de meilleur que de moins bon. Il facilite largement nos vies, change notre quotidien efficacement, sauve des vies quotidiennement. La question que pose Jacques Séguéla, c’est que malgré tout ça, devons-nous le subir ? Il compare la data à la roue inventée il y a 6000 ans, qui, de ce moment-là à aujourd’hui à changer nos vies irrémédiablement. Faut-il pour autant, lorsqu’on a un accident de la route, regretter l’invention de la roue ?

Dans son bouquin, Jacques Séguéla nous raconte que nous sommes à la troisième révolution « infostrielle » (la première étant la révolution marchande, la seconde la révolution industrielle) et qu’au final, les Gafa ont réussi à être ce qu’ils sont grâce aux budgets des annonceurs :

« Nous voici, nous publicitaires, dans l’œil du cyclone, un marché que désormais tous les ploutocrates du numérique convoitent des Gafa aux Accenture, Deloitte et autres. Mais nous ne les laisserons pas nous dévorer. La pub a la peau dure. »

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Selon Jacques Séguéla, il suffit d’utiliser notre cerveau et notre bon sens. En dehors de notre Quotient Intellectuel (QI), nous avons aussi et surtout un Quotient Emotionnel (QE) dont il conviendrait de se servir…

 

« Le cartésianisme à tout crin finit par en oublier l’essentiel, la nécessité pour tout message de nous toucher et à la tête et au cœur. L’amour sans passion n’est qu’une gymnastique un peu bête. Nos administrations restent des machines à fabriquer de la raison mais ce nouveau siècle est celui de l’émotion. »

Mais si pour la plupart des personnes le nouveau média est Internet, pour Jacques Séguéla, c’est l’Idée ! « Une data sans idée est comme un fusil sans cartouche. Tech sans affect n’est que ruine de l’âme et tech sans créa n’est que ruine de l’esprit. Soyons hybrides, il serait aussi stupide de lutter contre la tech que de ne pas lui imposer certaines règles de bonne conduite. »

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Mais la vraie, la seule façon de rester indépendant et de maîtriser ce qui se passe, c’est d’avoir des émotions, des sentiments… « L’intelligence humaine a le sens critique, l’intelligence artificielle le sens crypté. C’est sa limite. » dit Jacques.

« Le Diable s’habille en Gafa » est fascinant. Il est absolument passionnant parce qu’il nous pousse à réfléchir plus précisément sur ce qui se passe autour de nous et surtout, il nous permet d’être critique face à une situation que nous subissons de plus en plus.

Et… Il est crédible Jacques Séguéla ?

@ThomasRaffoux
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Un peu mon n’veux qu’il est crédible ! Jacques Séguéla, c’est THE référence en matière de Com’. THE gourou de la Com’. C’est le BOSS ! Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas… C’est plus de 20 campagnes de communication politique pour des élections présidentielles dont François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royale, Nicolas Sarkozy… C’est plus de 1.500 campagnes de communication d’entreprise notamment pour Guerlain, Citroën, Carte Noire, Louis Vuitton, Manpower, le Club Med, Levi’s, Décathlon, Evian, Carrefour… Primé et récompensé des centaines de fois dans la pub, il aussi le co-fondateur de l’agence RSCG devenue Havas par la suite. Pourtant, Jacques Séguéla a commencé au tout début par un doctorat en pharmacie…

Jacques est une vraie personnalité. C’est le boss des slogans et des vannes qu’on retient : La Force tranquille, la génération Mitterrand, la Rolex de Sarko, un café nommé désir… Mais c’est aussi l’homme qui n’a rien à prouver et qui n’hésite pas à assumer ses propos… Y compris devant la justice si besoin. Audacieux souvent, téméraire parfois, Jacques Séguéla a toujours eu le sens de la répartie, celui de l’à-propos… Un sens percutant de la formule : « À l’exception des extrêmes pour lesquels j’ai toujours refusé de travailler, je me moque pas mal des idées de ceux que je conseille »

Du coup, vous pensez bien que je me suis fait plaisir avec quelques questions de plus, étant donné que l’homme le plus influent de la Com m’accordait quelques instants…

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Les Chroniques d’Adélaïde : Pourquoi n’avez-vous pas fait de la politique, vous qui maîtrisez parfaitement la communication ?

Jacques Séguéla : On ne peut être juge et partie, au four et au moulin. La com n’est que l’écume de la politique. Seul compte ses eaux profondes.

LCA : Où en êtes-vous avec le monde politique ? Quel serait le candidat politique que vous auriez plaisir à accompagner aujourd’hui et pourquoi ?

Jacques Séguéla : Emmanuel Macron. Le Macron bashing crée le Le Pen love et je ne veux pas de ce monde-là !

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LCA : Êtes-vous flatté/intrigué/inquiet d’être considéré comme la référence des références de la Com’ et/ou le grand gourou de la Com’ ?

Jacques Séguéla : Je n’ai ni de complexe de supériorité, et donc rien d’un génie de la pub, ni de complexe d’infériorité. Un con qui marche vaut mieux que dix intellectuels assis.

LCA : Quel conseil donnerez-vous à quelqu’un qui a des rêves perso/pro pour les réaliser (qualités ou comportement) ?

Jacques Séguéla : De venir me voir. J’ai fait suffisamment de sorties de route pour savoir enfin me conduire.

LCA : Et si votre vie était à recommencer, re-feriez-vous tout de la même façon ?

@ThomasRaffoux
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Jacques Séguéla : J’aimerai revivre en David O Zelznick. Autant en emporte le vent…

LCA : Aujourd’hui êtes-vous heureux dans votre vie ?

Jacques Séguéla : Je suis l’homme le plus heureux du monde, je viens de fêter mes 40 ans d’amour avec Sophie sans nous être jamais disputé !

Pour terminer cette rencontre sur un thème plus léger, j’ai demandé à mon invité de se soumettre au rituel du blog : le questionnaire de Proust, revu et corrigé. Proust, encore adolescent, avait répondu à 35 questions du célèbre jeu anglais à la mode au XIXème : « Confessions ». Le voici remis au goût du jour avec moins de questions et revisité, pour découvrir ses goûts, ses aspirations et peut-être ses secrets.

  1. La vertu que je préfère… Le talent
  2. Ce que j’apprécie le plus chez mes amis (ies)… De me supporter au propre comme au figuré
  3. La qualité que je voudrais avoir… La patience
  4. Mon principal défaut… De les avoir tous un peu
  5. Le bonheur c’est… L’amour qui rime avec toujours
  6. Le plus grand malheur qui pourrait m’arriver, c’est… De perdre ma chance
  7. L’application que je préfère… Le backgamon
  8. Mes écrivains favoris… Céline puis tous les autres
  9. Mes sites/blogs préférés… Aucun
  10. Mes héros/héroïnes dans la vie réelle… Le Dalaï Lama
  11. Mon personnage historique préféré… Robinson Crusoé
  12. Ce que je déteste par-dessus tout… L’ennui
  13. Si j’avais un pouvoir Marvel, ce serait… De ne pas m’en servir
  14. Les fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence… Je suis pour le pardon
  15. Ma devise, c’est… La vieillesse commence lorsque les regrets l’emportent sur les rêves. Je ne cultive que mes rêves.

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A propos de l’auteure
Adélaïde votre blogueuse préférée de Charente-Maritime !

Fille d’un artisan-expert judiciaire, puis chef d’entreprise à mon tour, j’ai décidé de quitter le nid familial pour voler de mes propres ailes. J’ai alors œuvré dans le 1er groupe de presse français pendant 15 années. La filiale dans laquelle je travaillais a fermé ses portes après plus de 40 ans d’existence. D’un malheur est né un rêve. Je me suis alors inscrite dans une célèbre école de journalisme. Et mon diplôme d’attachée de presse en poche… Me voici…

Vous allez découvrir que je suis spontanée, capricieuse, espiègle, malicieuse faut-il croire, rêveuse sûrement, contemplative absolument, timide beaucoup et agaçante semblerait-il, sans aucun doute, pour certains…

Ce sont assurément pour toutes ces raisons, qu’il vaut mieux que j’écrive, c’est encore là que je reste la plus mignonne… Quoique !

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