Durant l’Histoire, il y a quelques femmes pirates qui ont fait parler d’elles, en Asie comme en Occident, mais celle qui retient mon attention aujourd’hui, c’est Grace O’Malley, la rebelle irlandaise. Surnommée Granuaile (c’est du Gaélique qui veut dire Grace sans cheveux), elle décède en 1603 à 73 ans dans un château dans le comté de Mayo, à l’Ouest de l’Irlande. Nous ne savons pas comment elle meurt. Certains supputent une bataille qui tourne mal, d’autres une maladie. Ce comté est sa terre depuis sa naissance en 1530. Fille du chef du Clan Ui Mhaille, le plus puissant d’Irlande à cette époque, elle sème la terreur partout où elle passe, sur terre comme en mer. Les clans, entre eux, ne sont pas spécialement amicaux. Certains suivent Granuaile contre les Anglais et ne se laissent pas coloniser par la reine Élisabeth Ière (je vous ai d’ailleurs raconté la vie de son charmant papa : Henri VIII), d’autres collaborent.
Quel est le contexte politique à cette époque ?
Pour vous situer la période dont nous parlons, il s’agit de la Renaissance. Les rois en France sont de François 1er aux fils de Catherine de Médicis jusqu’à Henri IV. La France, le Vatican (avec le tout puissant Pape qui fait et défait les rois), et l’empire espagnol sont les plus grands ennemis de l’Angleterre. Les Anglais veulent absolument se protéger et décident de coloniser l’Écosse et l’Irlande car il y a certaines alliances qui sont dangereuses pour eux. Mais les Irlandais sont retors. Henri VIII les soumet brutalement sauf l’ouest (du Connemara au nord de l’Irlande) qui se défend bec et ongles. L’Angleterre met l’Irlande à feu et à sang à partir de 1531 lorsque Henri VIII décide qu’il devient également le roi de l’Irlande pour éradiquer le catholicisme.
Bon alors, c’est qui cette nana ?

C’est une rebelle qui nait dans une période troublée ! C’est une véritable cheffe de guerre. Pendant plusieurs décennies, elle pille les bateaux qui naviguent sur les océans irlandais, mais aussi de l’Écosse et jusqu’à l’Espagne. Elle affronte violemment l’armée anglaise. En effet, il y a 40 clans en Irlande dont une partie collabore avec les Anglais, les autres non. Elle tient tête à la Reine d’Angleterre Élisabeth 1ère et va même jusqu’à la rencontrer.
Elle n’est pas devenue cette femme intrépide par hasard. En 1541, à la mort de son père, elle ne laisse pas son frère aîné prendre la tête du Clan. C’est elle qui le dirige avec une main de fer : une vingtaine de galères et environ 200 hommes qui lui obéissent sans discuter. Ses navires ressemblent aux bateaux vikings avec des voiles triangulaires pour manœuvrer plus facilement et plus rapidement. Ils possèdent une trentaine de rames par navire. Ses galères sont peu profondes, ce qui les rend plus sûres.

Si elle peut évincer son frère du pouvoir, c’est parce qu’elle a des liens fusionnels avec son père. Aux alentours de 10 ou 11 ans, elle persécute son paternel pour naviguer avec lui. Il refuse sous prétexte que sa longue chevelure pourrait se prendre dans les cordages. Ni une, ni deux, elle se rase le crâne d’où son surnom. Il enseigne alors à sa fille ses tactiques politiques, navales et militaires.
En 1546, à 16 ans, Grace la Chauve épouse le chef d’un clan du Connemara dont elle aura trois enfants. Les deux familles unies deviennent encore plus puissantes. Malheureusement, son mari décède lors d’une bataille. Elle retourne alors à Clare Island, un fort de son père. Elle se remarie à 36 ans avec un autre Chef de Clan de son Comté avec qui elle aura son dernier enfant Tibbot. Le mariage ne dure qu’une année. Elle rompt son union avec son époux, ce qui à l’époque ne se faisait pas, mais qu’à cela ne tienne, Granuaile n’est pas à un outrage près.
Selon la légende, elle aurait donné naissance à Tibbot une heure avant l’assaut d’un navire algérien. Quelle santé ! Quel tempérament !

Elle devient extrêmement riche : la pêche, le commerce, un droit de passage (un péage en quelque sorte) qu’elle invente pour laisser passer certains navires et la piraterie sont des activités extrêmement lucratives pour la Reine Pirate. Elle est alors à la tête d’un des Clans les plus puissants et les plus craints d’Irlande y compris par l’Angleterre dont elle pille systématiquement les bateaux.
Élisabeth Ière en a marre et réussit à la faire capturer en 1577. Elle est prisonnière durant deux ans à Dublin.
Malheureusement Élisabeth croit que la prison va calmer Grace. C’est mal la connaître. La pirate devient encore plus enragée, recrute plus d’hommes et attaque brutalement tous les généraux britanniques qui tentent de s’emparer du comté de Mayo.
Élisabeth Ière craint elle Granuaile ?

Élisabeth craint plusieurs pays qui peuvent lui nuire fortement comme je vous l’ai expliqué en préambule. C’est aussi pour cette raison qu’elle ne se marie pas. Il n’est pas question pour elle que qui que ce soit prenne le pouvoir en Angleterre à sa place. L’Espagne, la France et l’Italie sont menaçants. Sa peur est que ces trois pays s’acoquinent avec l’Irlande notamment le Clan le plus puissant : celui de Granuaile.
A partir de 1570, les Tudors commencent à s’en prendre à Grace. Ils nomment un gouverneur sur les terres de Granuaile, Sir Richard Bingham. Il déteste la pirate qui selon lui est une femme qui dépasse les bornes car une femme ne devrait pas être Cheffe de Clan, ni pirate. Il fait assassiner le fils aîné de Granuaile en 1784.

Elle cherche à venger la mort de son fils, mais se fait capturer. Les autres Clans négocient avec Sir Bingham et échangent des otages pour faire libérer Grace qui doit promettre d’arrêter la piraterie. Lorsqu’elle est libérée, elle est obligée de vivre sur un bateau que l’Anglais lui laisse car il lui a confisqué ses terres, ses troupeaux de chevaux, son bétail et a coulé ses navires.
Malgré tout, les Anglais n’en n’ont pas fini avec elle. En 1793, Sir Bingham s’acharne après elle, et kidnappe le seul fils qu’il reste à Grace. Mais c’était sans connaître la volonté et le courage de la Reine Pirate. Avec sa galère, elle contourne l’Irlande et remonte la Tamise jusqu’au palais d’Élisabeth et sollicite une audience en personne.
Diplomate avisée, elle réussit à rencontrer Élisabeth. L’entourage de la reine britannique craint la violence de Granuaile, pourtant, rien de spécial : elles discutent entre femmes de pouvoir intelligemment. Après cette audience, Élisabeth libère Tibbott, le fils de Grace. Elle lui rend ses biens et l’autorise à reprendre ses activités navales. Cela dit, sachant qu’Élisabeth n’est pas un perdreau de l’année, il a dû y avoir un accord secret entre les deux femmes sinon, la Reine Pirate n’aurait rien obtenu.
Que pouvons-nous retenir de Grace O’Malley aujourd’hui ?

Une grande partie des archives ont disparu, mais celles qui restent sont émouvantes. En effet, cette femme s’est battue toute sa vie pour être un marin, une pirate, une maman, une grand-mère, une épouse, une divorcée, puis encore une épouse, une stratège, une diplomate, une politicienne, une guerrière, dans un siècle où les femmes n’avaient pas le droit de se faire remarquer. Elle a bouleversé son époque, a été crainte et respectée comme l’un des plus dangereux guerrier et l’une des plus grandes fortunes de l’Irlande. Elle a inspiré quelques femmes qui sont devenues des pirates elles aussi, certaines déguisées en homme comme Mary Read et Anne Bonny, une centaine d’années après la mort de Grace. Elle est donc également une avant-gardiste, qui elle, ne se grimait pas et restait elle-même.

Grace O’Malley a fait à la Renaissance ce que beaucoup de femmes ne peuvent pas faire aujourd’hui ! Quel exemple de force de caractère et de pugnacité pour toutes les femmes de notre siècle. Pour mieux la définir, je reprendrai un mot de l’écrivain anglais (sorry) du 18ème siècle Samuel Johnson « Ce n’est pas la force, mais la persévérance, qui fait les grandes œuvres ».
Adélaïde
Rédigé par : Adélaïde - http://www.leschroniquesdadelaide.fr

