Et si Venise sombrait…

Publié le 20 février 2018 - Chroniqueur : Nicolas Messner
@NicolasMessner

Que n’a-t-on dit et écrit sur la Cité des Doges, la Sérénissime, la Reine de l’Adriatique, la Cité des Eaux, la Cité des Masques, la Cité des Ponts ou bien encore la Cité flottante ? Venise ! Vous avez dit Venise ? Comme c’est Venise. Elle est aussi la ville des amoureux, légitimes ou non, un endroit que son romantisme ne partage à nul autre endroit au monde. Mais aurait-on déjà tout dit et tout vu de Venise, de ses robes affriolantes et de ses dessous coquins, qui se dissimulent derrière tant de masques ?

Il est un phénomène, pourtant très connu des Vénitiens et des visiteurs occasionnels ou réguliers et qui mérite d’être souligné alors que la saison hivernale bat son plein : « l’Aqua Alta », « l’Eau Haute » qui voit la ville littéralement submergée par les eaux pendant quelques heures chaque année.

Lord Byron dans son « Ode à Venise » écrivait à ce sujet :

« O Venise ! Venise ! Lorsque tes murs de marbre seront de niveau avec les ondes, alors les nations pousseront un cri sur tes palais submergés, et une lamentation bruyante se prolongera sur les flots qui t’engloutiront ! »

Rassurez-vous, pas de risque… dans l’immédiat !

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Plus prosaïquement, l’Aqua Alta est un ‘simple’ phénomène de marée haute se conjuguant au pluriel avec des basses pressions alliée à Dame Lune et un fameux coup de Sirocco venant du sud-est qui bouchonne littéralement le passage entre la mer Adriatique et la lagune.

Les marées se produisant et reproduisant depuis la nuit des temps – au moins ceux de notre bonne vieille Terre – deux fois par jour, si vous vous trouvez à Venise en période de hautes eaux, vous ne barboterez que quelques heures et c’est peu de dire que tout est prêt pour vous accueillir quoiqu’il arrive.

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Mais au diable les explications factuelles, revenons-en à notre cher ami Lord Byron qui s’inquiétait de voir disparaître le joyau italien. Si la ville s’enfonce inexorablement dans les tréfonds de la lagune d’un millimètre par an, ce n’est pas à notre échelle humaine que nous risquons de la voir disparaître. Ouf !

Par contre, je peux vous garantir que vous reviendrez de Venise avec des souvenirs à gogo et des photos insolites si vous avez la chance de vous y trouver quand toutes les conditions sont réunies pour faire disparaître les rii, ces canaux marins qui sillonnent la cité, ponts et places les plus basses.

@NicolasMessner
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Je dois vous avouer quelque chose, mais peut-être l’aurez-vous déjà deviné : j’aime visiter tous ces endroits dont j’ai la chance de pouvoir vous parler ici grâce à Adélaïde, hors saison. Venise même si vous n’y êtes jamais allés, tout le monde connait. Nous avons tous vu les images du carnaval, la place Saint-Marc sous le soleil et noire de monde et nous avons tous fredonné ‘Laisse les gondoles à Venise’ au moins une fois dans notre vie.

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Mais découvrir au petit matin, alors que la nuit est encore maîtresse des lieux, la même place Saint-Marc, transformée en lac insondable, ou observer les fameuses gondoles se gondoler dans la lagune sous l’action du vent et des vagues envahissantes, est une expérience magique.

Soyons honnête, je ne suis pas certain que les Vénitiens eux-mêmes apprécient plus que cela l’aqua alta, car la vie s’en trouve tout de même rendue plus compliquée, mais le phénomène possède ce quelque chose qui transforme une ville aussi emblématique soit-elle en un lieu irréel et hors du temps. Alors que la montée des eaux fait fuir les moins téméraires, c’est ce moment précis que j’ai choisi, il y a quelques années, pour chausser mes bottes de sept lieux et déambuler dans le dédale de rues, de l’eau jusqu’au cuisses.

@NicolasMessner
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Je me souviens de ce fameux matin, ou était-ce une nuit, alors que je m’étais déjà promené dans la Cité des Doges, en long, en large et en travers la veille, quand les sirènes se mirent à hurler l’inondation à venir. La rue était encore silencieuse, un clapotis léger berçant mes derniers rêves. Ne sachant pas exactement de quoi il en retournait, je m’habillai frénétiquement, et descendis quatre à quatre les marches me séparant du rez-de-chaussée. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir la totalité du lobby the l’hotel noyée sous plus de 50 cm d’eau et le réceptionniste stoïque de m’annoncer : « Va tutto bene ». Tout allait bien, tout allait bien mais il s’en fallut de peu tout de même pour que je fasse le grand plongeon et je m’arrêtai miraculeusement à une marche de la piscine improvisée.

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Mais pas de panique, les hôtels et autres auberges des environs possèdent les équipements nécessaires pour celui ou celle qui veut partir à l’aventure subaquatique. Il faut dire que c’était une étrange sensation. Chaussé de cuissardes en plastique jaune, du plus bel effet, je partis à la redécouverte d’une autre ville, totalement différentes de celle que j’avais découverte précédemment.

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Je passais par la place Saint-Marc, qui n’était pas encore équipée de ses passerelles pour piétons ne souhaitant pas se mouiller. Je déambulais dans des ruelles désertes qui n’avaient plus de ruelle que le nom car tout le centre historique de Venise était devenu un réseau inextricable de rivières et petits ruisseaux totalement entremêlés, dans lesquels se reflétaient des lumières multicolores. Une brume diffuse ajoutait à l’atmosphère improbable de ce matin si différent. Les bâtiments s’accrochaient les uns aux autres pour ne pas sombrer corps et âmes dans les flots sombres.

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Comme un paradoxe dans cet univers d’humidité absolue, du linge séchait encore aux balcons des maisons. Dans l’alignement d’une rue oubliée, des lampadaires, comme des phares de haute mer donnaient aux lieux un aspect à la fois lugubre et diablement envoûtant.

Soudain au sec, dans une impasse un peu plus élevée que les autres, je vis passer les premières ombres, rasant les murs et se faufilant à pas pressés, les mains chargées de nourriture, leur silhouette accompagnées du clap-clap de rigueur. Et si jamais les hautes eaux ne se retiraient pas ?

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Mais non, à peine avais-je eu le temps de m’imprégner de cette ambiance décalée, que je pus regagner mon hôtel sans me mouiller. En quelques heures, tous les vestiges de la montée des eaux s’étaient comme évaporés, sauf peut-être les frêles passerelles sur la place Saint-Marc qui sans eau ressemblaient désormais à des échafaudages à l’abandon, alors que certains passant continuaient à les emprunter comme s’il fallait encore échapper aux flots malicieux.

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Au-delà des phénomènes d’Aqua Alta, je dois bien reconnaître que Venise est une ville unique, qu’un seul voyage ne suffit pas à embrasser totalement. Je n’ai pas fait de tour en gondole, mais j’ai pu admirer leur reflet dans l’eau. Je n’ai pas visité ses palais, mais j’en ai dévoré les façades rococos. Je n’ai pas non plus goûté au doux soleil de printemps et aux chaleurs de l’été, mais j’en ai pris plein les yeux avec des ciels d’hiver improbables. Je n’ai pas navigué calmement sur sa lagune mais j’ai pris les navettes fluviales qui vous emmènent depuis l’aéroport jusqu’au centre-ville, dans une ambiance de fin des temps. Je n’ai pas assisté à son carnaval, mais je me suis gavé de ses mille et une couleurs. Je n’y ai pas vu beaucoup de monde et j’ai aimé découvrir Venise dans ces conditions.

@NicolasMessner
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Après quelques jours, le vent tourna pour s’établir au Nord-nord-est. Cette ‘Bora’ venue tout droit des montagnes est puissante et froide mais elle a l’avantage de vider la lagune de son trop plein d’eau. Les Vénitiens l’aiment bien car elle est synonyme de pieds au sec. Pour moi elle voulait simplement dire « Arrivederci e a presto! », avec la garantie que Venise n’était pas prête de sombrer.

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A propos de l’auteure
Adélaïde votre blogueuse préférée de Charente-Maritime !

Fille d’un artisan-expert judiciaire, puis chef d’entreprise à mon tour, j’ai décidé de quitter le nid familial pour voler de mes propres ailes. J’ai alors œuvré dans le 1er groupe de presse français pendant 15 années. La filiale dans laquelle je travaillais a fermé ses portes après plus de 40 ans d’existence. D’un malheur est né un rêve. Je me suis alors inscrite dans une célèbre école de journalisme. Et mon diplôme d’attachée de presse en poche… Me voici…

Vous allez découvrir que je suis spontanée, capricieuse, espiègle, malicieuse faut-il croire, rêveuse sûrement, contemplative absolument, timide beaucoup et agaçante semblerait-il, sans aucun doute, pour certains…

Ce sont assurément pour toutes ces raisons, qu’il vaut mieux que j’écrive, c’est encore là que je reste la plus mignonne… Quoique !

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