Henriette Diadio Dasylva ou le rêve américain angérien

Publié le 24 mai 2017 Catégorie : Portraits
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Ma première rencontre avec Henriette Diadio Dasylva, c’est un éclat de rire que j’ai entendu. Je me suis retournée et j’ai vu cette femme rayonnante et sourire aux lèvres, entourée par 4 ou 5 personnes qui avaient l’air d’apprécier sa compagnie. Et pour cause ! Henriette c’est la joie, l’authenticité, l’humour, la féminité, mais c’est aussi la volonté, la rigueur et l’ardeur. Moi, c’est sa bonne humeur qui m’a séduite, et comme beaucoup de femmes, je me retrouve en elle, un peu, beaucoup, passionnément…

policy-974735_1280Aujourd’hui, Henriette Diadio Dasylva se présente aux législatives sur la circonscription de Saintes-Saint-Jean-d’Angély. Elle est conseillère municipale à Saint-Jean-d’Angély dans l’opposition et maman de 3 enfants (23, 16 et 8 ans). Son compagnon, médecin généraliste la soutient autant qu’il le peut. Elle s’adonne à la politique depuis 2012, mais cela n’a pas toujours été le cas.

girl-1733341_12802012 c’est aussi l’année de transition entre le moment où elle entre en politique grâce à son mentor Xavier de Roux, et où elle choisit de quitter l’ADSEA à Saint-Jean-d’Angély qu’elle dirigeait depuis quelques années. Etre responsable d’une structure comme l’ADSEA demandait beaucoup de qualités, de compétences et surtout d’abnégation. Sa mission consistait à gérer cet établissement qui s’occupait d’enfants et d’adolescents en détresse après une décision de justice du Tribunal, de la Direction de la Solidarité Départementale ou du Service Départemental de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

goal-1422193_960_720Ce travail n’était pas n’importe lequel. En effet, il faut être tolérant, psychologue, et bienveillant pour apprendre à des jeunes qui ont connu des difficultés, à respecter les lois et la laïcité. Mais remplir cette mission a fait ressurgir certains moments compliqués dans la vie d’Henriette. Compliqués parce que la vie, malgré les apparences, ne lui a pas fait de cadeau.

africa-2259939_1280Henriette est arrivée de la Casamance au Sénégal quand elle avait 12 ans. Élevée chaleureusement par ses grands-parents, elle a eu une enfance heureuse entourée d’affection et d’amies. Puis un jour, un homme lui est présenté. C’est le mari de sa mère. Le lendemain, sans avoir pu dire au revoir à ses copines, elle est arrachée à son petit monde pour arriver en France. Quel n’a pas été le choc ! Nous sommes dans les années 80, c’est l’hiver, et la météo n’est pas clémente.

building-2102692_1280Elle arrive à Toulon où il fait froid, gris et où tout lui semble hostile. Le souvenir qu’elle en a, c’est la panique. La peur de tout. Elle n’a jamais vu de voitures, de villes si grandes, de grands immeubles… Elle n’était jamais montée dans un ascenseur où elle a cru mourir tellement elle a eu peur. Puis il y a ses 10 frères et sœurs qu’elle ne connaît pas et dont elle est l’aînée. Ils la regardent de travers car c’est une intruse pour eux… Elle ne se sent jamais rassurée. Tout est trop. Trop grand, trop compliqué, trop dur, trop inconnu. Sa fratrie ne l’accepte pas. Alors Henriette fait avec les moyens du bord. Elle s’adapte… Elle n’a pas le choix, il le faut bien…

road-220058_1280En Afrique, quand elle se regardait dans le miroir, il n’y avait pas de différence avec ses camarades de classe, là il y a un fossé immense. Elle est victime d’un racisme quotidien, et se sent seule chez elle. Le collège puis le lycée deviennent son exutoire. On lui fait remarquer qu’elle est différente. Oui, elle est différente de ses copines au teint clair et aux cheveux lisses, mais pas lors des examens qu’elle obtient. Elle est douée, excellente même car elle bosse dur. Son bac en poche, elle veut vivre autre chose. Elle part en région parisienne pour travailler et vivre avec celui qu’elle pense être l’homme de sa vie.

brick-1568272_960_720Mais cette nouvelle existence n’est pas de tout repos. Elle vit pendant 2 ans avec cet homme qui lui fait un enfant et la bat. Un jour pas fait comme un autre, elle décide de tout plaquer. Elle a une peur viscérale au ventre. Elle repart dans le sud avec son fils. Sa famille ne l’accueille pas. Ce sont des amis qui le font. Tantôt elle dort chez les uns, puis chez les autres, avec son petit. La dégringolade est brutale et inhumaine. Elle a l’impression d’être punie pour ne plus accepter son statut de femme battue. Elle ne savait pas, en allant voir une assistante sociale pour obtenir des aides, que son avenir se dessinait.

book-1291164_1280Il ne sera pas dit que c’est une victime et non elle ne veut pas être puni pour avoir obtenu sa liberté et sa dignité ! C’est une battante ! Elle reprend ses études et passe avec un succès un DEFA (Diplôme d’Etat relatif aux Fonctions d’Animation) en 2 ans. Elle pourra devenir Responsable de structures, Directrice d’équipements, ou même Directrice d’un centre de formations. La pauvreté, la solitude, la méfiance, la forgent sans qu’elle s’en rende compte. Il est loin le temps où elle était une petite fille africaine et naïve. Elle devient une française cultivée, chic, ambitieuse et volontaire : elle fera de ses faiblesses des forces pour ne plus se retrouver sans logement, sans travail et en danger !

Rentrée 1Diplôme en poche, elle veut savoir pourquoi les familles sont malheureuses, mieux les comprendre, aider celles qui en ont besoin. C’est donc dans le social qu’elle exercera. Après le chômage et la reprise des études, elle trouve un job de Responsable d’un Pôle Famille dans un centre social. C’est difficile. Souvent émue aux larmes, elle découvre une souffrance encore plus vaste que ce qu’elle a connu. La misère se voit sur les gens. Elle travaille à leur rendre de l’espoir.

zDNtsnHc« J’ai trop galéré, mais je ne me suis jamais reposée sur ma galère. Je me suis battue pour me relever. On peut tomber mais on peut se relever pour aller plus haut encore. Je l’ai fait ! Faut pas juger la personne qui a, ni celle qui n’a pas. Les aides servent à rebondir. Elles ne sont pas faites pour durer… Rien n’est acquis… Jamais… J’ai trop galéré pour laisser les gens dériver. Je veux un monde meilleur. Je veux que ça bouge, je veux être actrice de ça ! »

Et puis c’est l’ADSEA à Saint-Jean-d’Angély, je vous l’ai raconté au début de ce billet. Je l’interroge sur son arrivée dans notre département. St Jean d’Angély, ce n’est pas Toulon ou Paris, c’est une petite ville :

« – Comment as-tu été perçue en arrivant à St Jean ?

flower-852184_960_720 Pixabay– Ça n’a pas été facile. Certains regards étaient plus que désobligeants. Mais au final, je me suis intégrée (Sourire) Les angériens m’ont connu à l’ADSEA comme Responsable. Certains étaient surpris que je ne fasse pas le ménage (Rire). D’autres trouvaient ça normal que je sois à ce poste puisque compétente. Et puis ils me connaissent aussi en tant que Conseillère Municipale… Et dans l’opposition en plus ! Des gens qui ont pu te juger et qui revienne vers toi, c’est monnaie courante pour tout le monde !

– Mais quand même, tu es noire. Tu le sais non (rire) ? Le racisme c’est une réalité aujourd’hui, même quand on a des responsabilités ?

– (Rire) Tu es sûre que je suis noire (Rire)

– Oui oui ! Je suis sûre que tu es noire (rire) !

– Non mais c’est sûr ! Parfois j’ai mal vécu ça les agressions verbales, les regards de la tête aux pieds plutôt méprisants. Mais tu sais on s’habitue et ça forge le caractère. Moi j’ai choisi de m’intégrer en étant bien élevée, polie, souriante, et en faisant des études. Et je me suis impliquée dans la vie locale. C’est important ça tu sais de participer à la vie de ta ville.

– Et être une femme en politique, c’est difficile ou c’est Cool ?

0A1– (Rire) Etre une femme politique ? Mais j’adore être une femme politique ! Il y a encore des combats à mener, mais les hommes évoluent. Il le faut pour eux, comme pour nous. Et être une femme donne des avantages. Etre femme, c’est être solide car on porte tout. On ne doit jamais flancher. Nous devons être belles, douces, professionnelles, intelligentes ! Nous sommes des guerrières à la fois mère et working girl. C’est la souffrance et la galère qui forgent notre personnalité. En politique aussi, comme dans la vie. La femme mène un combat chaque jour pour être tout en même temps, dans ses valeurs et dans ses convictions. L’exemple le plus pertinent c’est Joséphine Baker : chanteuse, meneuse de revues, ET résistante ! Moi je voulais être Joséphine Baker quand j’étais petite (Rire) !  »

HenrietteLe truc, c’est qu’Henriette, c’est un peu le rêve américain ici, et un curieux mélange entre Léopold Cédar Senghor, poète, écrivain, homme d’état français, puis premier Président de la République du Sénégal, Hillary Clinton, femme politique de tempérament qui a su conserver son job et son mari, Simone Veil pour son combat pour les femmes et Coco Chanel, non pas pour sa vie sulfureuse, mais pour son génie en tant que styliste, parce que comme elle le disait « La mode se démode, le style jamais » !

 

2 réflexions sur « Henriette Diadio Dasylva ou le rêve américain angérien »

  1. bonjour ce parcours pourrait être une réalité merveilleuse cependant il est dommage de se présenter en politique avec des mensonges et un pseudo arrangement de la vérité….pourquoi se cacher derrière un portrait truché de mensonge…… une ancienne collègue de cette madame….à qui elle ne dit jamais bonjour quand elle me croise comme si elle fuyait une réalité une vie qui n’avait pas existée

    1. Chère Elisabeth, Je vous remercie de l’intérêt que vous porter à mon travail. J’en suis très touchée.

      Cependant, vous avez dû constater que mon blog est un blog léger, positif, qui peut inspirer ou nous donner envie de croire à la vie par rapport à des personnes que je rencontre par hasard la plupart du temps… Un blog bienveillant, pour nous changer les idées des nouvelles violentes et négatives qui noircissent bien souvent certains de nos médias.

      Je ne suis en aucun cas un blog d’investigations qui va publier des scandales ou même des révélations. Je n’ai pas vocation pour ça, et certains font ça très bien. Moi, ce n’est pas mon créneau tout simplement.

      J’espère, malgré tout, que vous continuerez à me lire juste pour vous faire du bien, vous changez les idées, ou même pour envoyez vers moi des gens qui peuvent être intéressants, des gens qui vous semblent atypiques. J’y porterai la plus grande attention pour que vous puissiez retrouver parmi mes invités(ées) des personnes qui vous inspirent mieux que je n’ai pu le faire jusqu’à présent.

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A propos de l’auteure
Adélaïde votre blogueuse préférée de Charente-Maritime !

Fille d’un artisan-expert judiciaire, puis chef d’entreprise à mon tour, j’ai décidé de quitter le nid familial pour voler de mes propres ailes. J’ai alors œuvré dans le 1er groupe de presse français pendant 15 années. La filiale dans laquelle je travaillais a fermé ses portes après plus de 40 ans d’existence. D’un malheur est né un rêve. Je me suis alors inscrite dans une célèbre école de journalisme. Et mon diplôme d’attachée de presse en poche… Me voici…

Vous allez découvrir que je suis spontanée, capricieuse, espiègle, malicieuse faut-il croire, rêveuse sûrement, contemplative absolument, timide beaucoup et agaçante semblerait-il, sans aucun doute, pour certains…

Ce sont assurément pour toutes ces raisons, qu’il vaut mieux que j’écrive, c’est encore là que je reste la plus mignonne… Quoique !

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